A ses pieds - Chapitre 1

20/01/2024

De la musique de fou, entre techno, dance et trance, résonnait dans les haut-parleurs. Une noirceur flashée par les éclaires des stroboscopes régnait en maître alors qu'une ambiance électrique s'imposait. Une douce brume d'opium exaltait les sens des gens. Des corps enlacés et entrelacer, se mêlaient et se mélangeaient dans des douces et parfois violentes étreintes de chair. Du bar à la piste de danse, des salons aux chambres, d'un tabouret à un fauteuil, d'un canapé à un lit, tout était bon, tout était pris. Entre fantasmes et plaisirs, seule l'orgie était reine en ces lieux de dépravations. On pouvait tout se permettre quand l'argent remplissait vos poches et le présent club était ce genre d'endroit réservé à l'élite désirant s'abandonner à toute pratique peu glorieuse sous un soleil de grandeur.

Le thème de la nuit était un jeu de masques, tous les clients en portaient un et l'atmosphère n'en étaient que plus torride encore. Le son de la musique couvrait les gémissements, les soupirs, les murmures brûlants de désirs. John était là, comme à son habitude, pour un plaisir d'un moment. Vêtu d'un pantalon, d'une chemise de satin noire entièrement ouverte qui laissait entrevoir son torse finement musclé et imberbe, dont la peau blanche luisait dans la pénombre. Il portait sur le visage un masque métallique noir aux reflets argentés, aux contours fins et raffinés. Des éphèbes aux corps androgyne lui tournaient autour comme à chaque fois, son physique si parfait provoquant leur émoi. Et pour une fois, il n'était pas le seul. Un autre Apollon accolé au bar attirait comme un pot de miel, ses étranges abeilles butineuses de bels hommes trop bien bâti. Portant un pantalon de cuir noir qui moulait superbement ses longues jambes et son fessier. Un délice pour les yeux.

Sa chemise en soie noire s'accordait à l'ébène du bas. Cette silhouette ne lui était pas inconnue, il savait parfaitement qui il était. Son principal rival à la course de la séduction en ce lieu, mais aussi le seul homme par lequel John désirait être dominé au lit. Lui, l'éternel mâle viril qui ne souhaitait que cela secrètement, comme un fruit défendu. Alors que deux jeunes bourdons déposaient sans rien lui demander de doux baisers sur le torse tout en le caressant ; son regard ne se décollait pas de l'objet de ses fantasmes, le rendant distrait aux attentions dont on lui faisait grâce. Le Millionnaire tenait dans une main un verre de Whisky où de la glace agonisait lentement en frappant les parois translucides. À la commissure de ses lèvres, un cigarillo se consumait petit à petit. L'envie d'aller rejoindre Steve s'immisçait de plus en plus dans ses pensées.

Son corps devait lourd et chaud. Son sang n'était qu'un torrent de laves coulant impétueusement dans ses veines alors que l'un des petits jeunots caressait de ses doigts agiles son pieu de chair qui se dressait malgré lui tandis que l'autre dévorait son cou de baisers enflammés. Ses iris dorés ne quittaient plus le responsable de son état ; John le désirait ardemment.

Alors qu'il l'observait toujours, le sublime sportif se retourna et le fixa tout en prenant dans ses bras un beau blondinet aux yeux clairs et l'embrassa avec fougue, son regard vert ancré au sien. Une puissante décharge électrique ravagea sa colonne vertébrale sur toute sa longueur, le faisant frissonner comme une feuille fébrile au vent. Ce salaud, avait-il compris ? Avait-il compris qu'il éveillait en lui les pires envies dépravées ? Sans aucun doute : oui. Bien qu'il portât ce masque sur le visage, celui de sa domination venait de tomber en éclat et son concurrent s'en amusait visiblement en mettant ses envies de lui à vif. Il sentit le feu lui brûler les joues, il voulait détourner le regard, éviter qu'il ne voit davantage le trouble qu'il faisait naître en lui, mais en était incapable.

Ses phalanges se resserrèrent sur les parois du verre alors que les deux intrigants dégustaient comme des affamés son phallus. Leur langue, leur bouche chaude et humide, un frémissement ravageant le long de sa colonne vertébrale comme un courant électrique puis un long gémissement traversa l'antre de ses lèvres fines.

Steven... maudit soit-il...

Il était en train de culbuter sauvagement sous yeux sa conquête alors que John, lui ne désirait plus qu'une seule et unique chose : être à sa place. L'expression sauvage de ses émeraudes le scrutant alors qu'il défonçait son partenaire qui criait à plein poumon son extase le rendait dingue. John ne put se retenir plus et jouit en rejetant la tête en arrière où un long soupir de délivrance se mourut au fond de sa gorge. Les deux étranges insectes à ses pieds ramassaient avec convoitise leur gelée royale.


La chasse était ouverte pourtant, il ne souvenait pas d'être en possession d'un permis de chasse et encore moins qu'il avait épinglé une pancarte portant l'inscription « à tirer » sur son dos. John ne savait plus trop s'il était la proie, le chasseur ou tout simplement le chasseur chassé. Il n'avait plus la tête à penser à cela depuis qu'il s'était jeté dans ce jeu de cache-cache au milieu de tous ces corps qui tressaillaient d'extase et s'entrechoquaient.

Steve se faufilait comme une anguille entre les roches, jetant de temps à autre un regard en arrière pour l'observer le suivre et affichait un sourire sadique. John le perdit au détour d'un couloir menant au premier étage où se trouvaient des belles chambres à thèmes. L'endroit était plutôt calme comparé à la salle principale. Il soupira lourdement.

Il s'est bien moqué de moi, pensa-t-il déçu.

La frustration l'envahissait alors qu'il s'arrêta dans le corridor. La musique l'assourdissait alors que le creux de ses reins était brûlant d'envie.

— Alors, la souris est enfin tombée dans les griffes du chat ?

Cette voix...

John n'eut pas le temps de se retourner que Steve le neutralisa en le collant face contre-mur et lui posa devant la bouche un mouchoir imbibé de chloroforme. Le Millionnaire eut beau se débattre, il sombra vite dans une inconscience la plus totale. Le joueur de Football américain le relâcha et l'observa s'écrouler, endormi, sur le sol. S'accroupissant, il caressa son visage.

— Je suis sûr que tu seras la chienne la plus parfaite de ma collection..., murmura-t-il en ricanant.

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